Période: Un jeudi soir et un vendredi matin, février 20133 min de lecturePublié le:
Le proviseur a fixé un bac blanc, alors la farine est arrivée en avance
En février 2013, un lycée bordelais a tenté de vaincre le Père Cent, tradition de farine et d’œufs, à coups d’emploi du temps. Les terminales ont tenu une réunion de deux heures, avec un budget de cinq euros.

Le proviseur du lycée François-Magendie, à Bordeaux, avait besoin, comme il l’a expliqué au journal local, de voir le premier gramme de farine.
La farine appartenait au Père Cent : le jour, cent jours avant le baccalauréat, où les élèves de terminale font la fête en se lançant farine, œufs et sauce tomate, les uns sur les autres et sur tout ce qui passe à portée. La tradition viendrait de l’armée, des soldats qui comptaient leurs cent derniers jours. Le proviseur avait fait remarquer que ses élèves n’étaient pas en guerre. L’argument ne les avait pas convaincus.
En 2012, le lycée avait tenté la voie raisonnable et financé une fête de remplacement, avec de la musique et sans projectiles. Les œufs ont volé quand même.
Alors en 2013, le lycée a tenté la ruse. Le Père Cent tombait traditionnellement le vendredi précédant les vacances de février. Cette semaine-là, le lycée a programmé un bac blanc.
Une solution bien scolaire. Elle a tenu jusqu’au jeudi.
Le jeudi, les terminales ont flairé la manœuvre, se sont réunis et ont décidé de tout avancer d’une semaine. En deux heures, le mot était passé dans dix classes de terminale. Chacun a mis cinq euros pour les fournitures. L’un d’eux a ensuite assuré à Sud Ouest qu’il n’y avait aucune méchanceté là-dedans, et que c’était un peu comme Noël.
Le proviseur avait programmé des examens contre une tradition, et la tradition avait tout simplement déplacé sa propre date.
Le proviseur a eu vent des rumeurs le jeudi soir, mais ne pouvait pas fermer un établissement de mille cent élèves sur de simples on-dit. Vers huit heures, le vendredi matin, il a eu son gramme de farine : une cinquantaine de terminales devant le portail, dans les blouses blanches distribuées pour la chimie, reconverties en protection contre les camarades. Il a envoyé un message à tous les parents. Le lycée n’ouvrirait pas.
Le message a trouvé les parents à leur bureau. Les plus jeunes élèves, évidemment, étaient déjà devant le portail, dans leurs beaux manteaux, et c’est ainsi que les terminales se sont fait livrer leurs cibles sur le trottoir.
J’ai adopté une stratégie comparable pour l’anniversaire de la petite dernière, qui tombe la semaine d’une sortie scolaire. J’ai avancé la fête pour éviter la sortie. La petite a déplacé la sortie, en persuadant la maîtresse de la fixer au jour même de l’anniversaire, pour que la fête ait lieu « au zoo, avec tout le monde ».
Je ne sais pas comment elle s’y est prise. La maîtresse refuse de le dire. Je soupçonne une réunion de deux heures et un budget de cinq euros.
Magendie, a relevé le journal, a fêté son Père Cent une semaine avant tous les autres lycées de Bordeaux. Le proviseur, et c’est tout à son honneur, a tenu tout le monde à l’écart des labos de chimie.
À propos de cette histoire : les scènes et les dialogues sont imaginés ou librement racontés. Les informations sur les écoles citées proviennent de sources publiées, auxquelles renvoient nos fiches d’école.