Période: Une classe de neige à Gresse-en-Vercors, janvier 19703 min de lecturePublié le:
Classe de neige dans le Vercors, où les ruches étaient des boîtes aux lettres
En janvier 1970, une classe de Saint-Étienne monte à Gresse-en-Vercors pour trois semaines de classe de neige. Une fillette de neuf ans repère ce que les adultes ont dépassé sans le voir.

Saint-Étienne envoyait autrefois ses classes de primaire à Gresse-en-Vercors l’hiver, pour trois semaines de classe de neige : leçons de ski, leçons tout court et grand air à mille deux cents mètres. En janvier 1970, une classe gagnait les pistes à pied, par une route où, à l’époque, il ne passait presque jamais de voiture, et s’arrêta devant une ferme.
Les adultes admirèrent un vieux four à pain bâti dans le mur de la cour, et l’expliquèrent, comme le font les adultes, longuement.
Une fillette de neuf ans ne regardait pas le four. Elle regardait, de l’autre côté de la cour, une rangée de ruches en bois sur pieds, chacune avec une fente sur le devant, et elle déclara que les boîtes aux lettres étaient grandes, ici.
Les adultes avaient trouvé un four ; elle avait trouvé un service postal.
L’institutrice, qui a raconté l’histoire des années plus tard, choisit de ne pas la corriger sur-le-champ. J’aimerais m’arrêter sur ce choix, parce que je ne l’ai jamais fait. Pas une fois. Quand la petite a dit à un guide de l’Atomium que c’était « un jeu de molécules de géant », je lui ai expliqué la vraie molécule, en détail, jusqu’à ce que le guide, très doucement, prenne le relais.
Une grande boîte aux lettres, dans la logique d’une enfant de neuf ans, n’est pas une erreur. C’est une déduction. La boîte a une fente. Les choses entrent par les fentes. Si la boîte est grande, le courrier l’est aussi. Quelque part dans la montagne, il y a sans doute un facteur très grand.
Et le miel, c’est une réponse raisonnable par retour du courrier.
J’ai testé la théorie à la maison. J’ai demandé à la petite à quoi servait une ruche, avant de lui raconter l’histoire. Elle a répondu aussitôt : « C’est les appartements des abeilles. » Puis elle a demandé où allait le courrier des abeilles.
Je ne savais pas. J’ai dit que je me renseignerais. C’était il y a trois semaines, et chaque matin au petit déjeuner elle redemande, et j’ai maintenant lu deux articles sur la pollinisation et un sur la poste belge, et aucun ne traite la question.
Mon mari dit que j’aurais dû lui laisser les boîtes aux lettres. L’institutrice du Vercors l’a fait, aussi longtemps que cela comptait, et la fillette a continué de les appeler boîtes aux lettres toute sa vie.
J’ai décidé d’appliquer la méthode du Vercors. Ce matin, quand la petite a encore demandé où allaient les lettres des abeilles, j’ai répondu : « Aux autres abeilles. »
Elle a réfléchi et a hoché la tête. Puis elle a demandé à quoi ressemblaient les timbres. Mon mari est parti tôt au travail.
À propos de cette histoire : les scènes et les dialogues sont imaginés ou librement racontés. Les informations sur les écoles citées proviennent de sources publiées, auxquelles renvoient nos fiches d’école.