European School Guide
Carnets d’école

Période: Paris, début des années 19803 min de lecturePublié le:

Un mois à la préfecture, un quart d’heure chez le préfet

Une nouvelle élève de l’École alsacienne avait besoin d’un visa pour suivre sa classe à Florence, et l’État français réclamait toujours un document de plus.

Illustration conceptuelle d’un passeport et de fleurs de printemps.
Illustration

J’ai renouvelé un titre de séjour dans trois pays, et je garde les récépissés dans une chemise sur laquelle mon mari a écrit, en capitales : PREUVE QUE NOUS EXISTONS. J’ai donc lu la suite comme un film d’horreur.

Au début des années 1980, une jeune fille arrive de Téhéran à l’École alsacienne, à Paris, avec un bon français et une carte de séjour valable un an. Son niveau doit partir à Florence au printemps. On forme des groupes. Le sien hérite du Printemps de Botticelli et passe des semaines à se disputer au sujet des trois Grâces.

Une carte d’un an, on le découvre alors, n’inclut pas l’Italie. Il lui faut une autorisation pour quitter la France et, surtout, pour y revenir. Elle n’en dit rien à l’école. Elle va à la préfecture après les cours et prend un ticket.

Vous connaissez cette salle même si vous n’y avez jamais mis les pieds. Chaises en plastique. Distributeur de tickets. Un guichetier qui, à chaque visite, réclame un document de plus. Un acte de naissance traduit. Une lettre de l’école. Une autre lettre de l’école. Le printemps avance. Le dossier, non.

À une semaine du départ, elle se confie à son professeur principal, qui en parle au directeur. Georges Hacquard a dirigé l’école de 1953 à 1986, et ce jour-là sa méthode fut le téléphone. Il a appelé le préfet.

Pas la préfecture. Le préfet.

On l’envoie, avec son père, à une adresse inconnue : un escalier de pierre, une secrétaire souriante, des fauteuils de cuir, une moquette si épaisse que son père, qui avait franchi une frontière à pied l’année précédente, s’y tient parfaitement immobile. Le préfet les reçoit en quelques minutes. Une école merveilleuse, dit-il. Un voyage magnifique. Un tampon les attend en bas.

Il y a deux escaliers pour entrer dans l’État français, et elle avait passé un mois sur celui des tickets numérotés.

L’affaire prend un quart d’heure. Sur le trottoir, son père continue de remercier le bâtiment. Elle part à Florence, se plante devant le Printemps et tranche enfin : elle sait laquelle des Grâces est la plus maligne.

Ce qu’elle a retenu ensuite, c’est que le directeur ne lui a jamais fait de discours. Pas de convocation, pas d’explication. Il a décroché le téléphone parce qu’une de ses élèves allait rater Florence, et l’affaire était close.

J’ai essayé d’en tirer la leçon. L’an dernier, bloquée sur un formulaire d’inscription scolaire en Belgique qui exigeait une pièce dont aucun Belge ne connaissait le nom, j’ai appelé l’école et demandé, de l’air le plus détaché possible, si le directeur ne connaîtrait pas quelqu’un à la commune.

La secrétaire a promis de transmettre. Je suis désormais dans la chemise.

À propos de cette histoire : les scènes et les dialogues sont imaginés ou librement racontés. Les informations sur les écoles citées proviennent de sources publiées, auxquelles renvoient nos fiches d’école.