Période: La veille de la première épreuve de l’examen de fin d’études, Luxembourg, 20093 min de lecturePublié le:
Deux mètres de bronze, un tutu rose
Devant l’Athénée de Luxembourg se dresse un porte-flambeau en bronze que les élèves appellent Datzemisch. En 2009, la veille des examens, une classe de terminale a décidé qu’il fallait l’habiller.

Devant l’Athénée de Luxembourg, un jeune homme en bronze tient une torche au-dessus de sa tête et regarde au loin, grave et entièrement nu. Des générations d’élèves l’appellent Datzemisch. Il a l’air d’un garçon qui n’a jamais oublié son sac de sport dans le bus.
En 2009, à la veille des examens de fin d’études, un groupe d’élèves de dernière année a décidé que ce qui lui manquait, c’était un tutu rose.
J’ai lu cette histoire avec l’attention particulière d’une mère dont l’aîné est à un an de ses propres examens. J’en suis au stade où je vérifie qu’il a dormi. L’idée qu’un plan de révision raisonnable puisse inclure une opération nocturne sur un socle ne m’avait jamais effleurée, et elle ne me quitte plus.
Pensez à la logistique, puisqu’eux y ont pensé. Un tutu pour un bronze de deux mètres ne se trouve pas au rayon déguisements. Il doit être rose, et grand, et aller autour d’un personnage qui a un bras levé pour l’éternité. Quelqu’un doit le fabriquer, quelqu’un doit le porter, et quelqu’un doit grimper là-haut dans le noir, la veille d’une épreuve écrite, quand les gens raisonnables dorment et que les autres font semblant de lire Goethe.
Le mètre ruban de notre tiroir de cuisine n’a jamais eu à prendre le tour de taille d’une statue, et je compte bien que cela dure.
Ils l’ont enfilé. Au matin, Datzemisch tenait sa torche au-dessus d’un nuage de tulle rose, toujours aussi grave, et toute l’école est passée devant lui pour aller passer ses examens.
C’est la partie qui me trouble le plus. Il ne s’est rien passé de grave. Les élèves sont entrés et ont rédigé leurs copies. La statue a gardé la pose. Les résultats sont arrivés l’été, normalement. Il est donc possible, je dois l’admettre, d’habiller un monument la veille de ses examens et de les réussir.
J’en ai parlé au dîner, comme d’une curiosité. L’aîné a posé sa fourchette et demandé si la statue devant le conservatoire de Bruxelles était en bronze ou en pierre, quelle taille elle faisait, et si je savais par hasard à quelle heure le concierge fermait.
J’ai dit que c’était une histoire édifiante. Il a dit que ça ressemblait à un précédent.
J’ai caché le mètre ruban. Mon mari a caché le tulle rose du costume de danse de la petite. Nous dormons tous les deux en baskets.
À propos de cette histoire : les scènes et les dialogues sont imaginés ou librement racontés. Les informations sur les écoles citées proviennent de sources publiées, auxquelles renvoient nos fiches d’école.